L’iaidō (居合道) est un art martial d’origine japonaise basé sur l’action de dégainer le sabre et de frapper (de taille ou d’estoc) en un seul geste. Plus exactement, le but est d’exécuter une technique, avant l’adversaire, choisie en fonction du lieu et du contexte de la situation. Tout comme pour les autres budō, cette discipline se focalise principalement sur la perfection des mouvements et la démarche spirituelle (influence du zen), l’efficacité technique, quant à elle, devient de plus en plus importante au fur et à mesure que le pratiquant augmente en grade.

Depuis quelques années, certains sensei japonais prônent une démarche plus offensive, dirigée vers un iaidō de « combat », plus proche du iaijutsu.

Source : Wikipedia

 

Hiératique et droit dans son hakama sombre, le visage calme reflétant la plus parfaite sérénité, la main gauche tenant la garde du sabre à la hauteur de la hanche, tranchant de la lame vers le haut, le Maître s’est soudain immobilisé dans sa marche feutrée et mesurée ; c’est l’instant où la concentration physique et mentale devient extrême, presque insoutenable, l’instant où l’adversaire va brandir sa propre arme pour se lancer dans l’attaque. L’action reste suspendue au moment suprême, à la limite maintenant parfaitement tangible de la vie et de la mort, et la suite ne semble plus tenir qu’à un fil : le moindre bruit, le premier geste un peu vif dans ce face à face ultime, et tout sera joué. Rien ne transpire encore du masque figé du maître, mais l’air semble vibrer de cette concentration aiguë dont les hommes ne sont vraiment capables qu’à l’instant décisif ou l’un doit disparaître pour que l’autre survive. Car face à la mort, le geste le plus anodin peut revêtir une importance démesurée. Brusquement, l’énergie accumulée explose ; le Ki éclate et fuse à la vitesse du katana qui jaillit de son fourreau dans un éclair froid et bleuie ; la lame fend l’air d’arrière en avant, foudroie l’adversaire au montent précis où celui-ci venait d’esquisser son mouvement d’attaque. Le maître qui a bondi dans une détente extraordinaire, s’immobilise avec un kiai fulgurant, sabre stoppé net dans sa course : le combat est terminé… Et c’est le retour au calme, sans transition, contraste brutal avec l’intensité de l’action précédente, car déjà l’adversaire a mordu la poussière, le crâne fendu, ou la gorge transpercée, ou encore le jarret coupé. D’un mouvement sec du poignet, l’expert secoue le sang maculant sa lame puis remet le katana au fourreau, rapidement mais sans hâte avec la même précision et la même mesure dans un geste lourd de puissance et de maîtrise accumulées.

Iai do

C’est toujours avec le même intérêt et la même admiration que l’on suit une démonstration d’iai. L’expert, seul sur la surface de combat livrant une lutte désespérée quoique imaginaire contre un adversaire non matérialisé, fascine ; car à travers les gestes de son kata exécuté en solitaire, à travers les temps d’immobilité même, avant, pendant ou après le coup mortel, souffle d’esprit du Budo véritable. C’est là… dans ce combat de l’homme contre lui-même, au-delà de ces mouvements gratuits puisqu’ils ne peuvent plus aujourd’hui servir à rien, et puisqu’ils ne permettent même pas d’affirmer une supériorité technique sur un partenaire comme s’y prêterait n’importe quel assaut à critères sportifs. L’iai ne sert plus à rien… Et c’est bien pourquoi tout y est vraiment pur : le mental, l’attitude, le coup, les intentions comme leurs manifestations. Mais, vous dira le maître, dans l’art du iai vous coupez un autre vous-même… Et, comme vous y incitent certaines voies spirituelles, tel le zen, il vous apprend à  abandonner votre « ego » possessif, inhibiteur, et créateurs d’illusions. Grâces au dépouillement extrême de ses techniques, le iai doit vous apprendre à vous dépouiller de vous-mêmes.

Comme les autres Budo le iai n’a été longtemps qu’une technique utilitaire, élaborée et perfectionnée au cours du temps, et connues des noms  différents. Dès le Haut Moyen-âge nippon, alors que la cavalerie était encore la reine des batailles, on connaissait le tachikaki, qui était bien un art de tirer le sabre d’un mouvement rapide et précis, mais qui n’avait encore que très peu de ressemblance avec les techniques actuelles ; car les lames étaient alors étudiées pour le combat à cheval ; elles étaient encore longues (tachi), droites ou courbes, le tranchant dirigé vers le bas. Au cours des sombres siècles de guerres civiles des périodes Kamakura et Muromachi(1185-1573), la technique du sabre s’affirme en même temps que l’arme se raccourcit, convenant mieux au combat en corps à corps, trouve sa courbure idéale, devient d’un maniement plus aisé. L’usage des armes à feu, introduites à partir du XVIème siècle par les navigateurs portugais, accéléra cette évolution en révolutionnant la tactique, notamment par le fait que comme dans toutes les armées du monde, le cavalier fut détrôné par le fantassin ; du moins le cavalier devait-il se préparer davantage à terminer le combat démonté, face a une piétaille de soudards faisant peu de cas des anciens préceptes de la chevalerie qui voulaient entre autres que l’on épargne les chevaux. Les samouraï, habitué à vivre au milieu de combats et d’intrigues ou il lui fallait rester constamment  sur ses gardes, apprécia très vite une technique permettant de rendre son sabre disponible dans l’instant tout en pourfendant du même coup l’adversaire surgissant à l’improviste. La technique atteignit rapidement les formes de perfection que nous lui connaissons actuellement ; on l’appelait alors iai-jutsu ou batto-jutsu.  

Source : Le ronin n°1  (R. Habersetzer) 1980

 

 

 

 

 


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