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Le kempo chinois

Selon des documents écrits, les techniques de combat chinoises (kempo), ont été introduites au Japon à l’époque d’Edo (1603-1868) par un Chinois, Chen Yuanbin (Chin Genbin pour les Japonais). C’était le kempo développé sur le mont Chong-shan, puisque c’est le Shaolin du nord. Chen Yuanbin était un homme cultivé, en dehors du shaolin, il était initié au confucianisme, au bouddhisme et au taoïsme, il avait une grande maîtrise de la calligraphie, de la peinture, de la poésie, de l’acupuncture… Après avoir débarqué à Nagasaki, il a vécu dans différentes villes de l’actuelle région de Yamaguchi à l’extrémité ouest de l’île principale. A cette époque, il fut admis à l’audience du troisième shogun des Tokugawa, qui l’invita à faire diverses démonstrations de ses nombreux talents.

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Ecole de ju jitsu »Kitô-ryu »

L’illustre école de ju jitsu »Kitô-ryu » a été fondée par Ibaraki Sensai en collaboration avec Fukuno Shichiroemon. Une autre école de ju jitsu, « Yoshin-ryu », a été créée à l’époque d’Edopar un médecin de Nagasaki (Akiyama Shirozaemon), il semblerait qu’elle soit issu du kempo qu’il a appris lors de ses études en Chine. On sait que maître Jigoro Kano, afin de réaliser sa formation de Judo, a commencé par le style de l’école Tenshin-shinyo-ryu, une branche du Yoshin-ryu et du Kitô-ryu.

Kempo et ju jitsu

Mais prétendre que l’origine du ju jitsu se trouve dans le kempo est quelque peu risqué. Les techniques de lutte existent depuis longtemps au Japon. L’école Takenouchi-ryu semble être la plus ancienne forme de ju jitsu, datant de 1532 créée par Takenouchi Hisamori, après avoir débuté dans le Kogusoku, une technique de combat à mains nues.
Si l’on peut affirmer que l’élaboration du ju jitsu s’est développée sous l’influence de certains kempos chinois. Le kempo a des techniques de frappe (atemi) dangereuses. Le ju jitsu n’a jamais pris cette orientation puisqu’il a été développé à l’époque des samouraïs. Porteurs de sabres « katana », les samouraïs ont élaboré et développé cette arme, la privilégiant au détriment du ju jitsu (limité aux techniques de projection et de torsion).

okinawa-teL’origine du karaté

L’origine du karaté est généralement évoquée à partir du kempo chinois. Cette origine chinoise du karaté est palpable tant au vu du nom des katas que de ses techniques. Cependant elle ne peut pas être démontrée puisqu’il n’existe aucun document écrit pour le prouver.

A Okinawa, le kempo appelé thi (à Okinawa) (te « main » en japonais) était pratiqué depuis l’Antiquité, tandis que le kempo chinois était appelé tô-di, ces deux noms permettaient de différencier ces deux arts martiaux, très similaires.

Les relations entre la Chine et les Ryukyu

Vers la fin du XIVe siècle, les trois royaumes des Ryukyu envoyèrent les premiers hommages à la Chine continentale. Certains représentants de ces royaumes se sont rendus sur le continent pour étudier, et en même temps ils ont reçu des émissaires chinois. Depuis lors, les relations entre la Chine et les Ryukyu étaient très étroites (plus que celles du Japon avec la Chine) s’enrichissant ainsi de leurs échanges culturels, le Kempo chinois a sûrement été importé de cette manière.

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Arrivée du Kempo chinois sur le territoire des Ryukyu

L’arrivée du Kempo chinois sur le territoire des Ryukyu s’est faite avec les gardes dont la mission était de protéger les délégations officielles de la dynastie continentale (ces délégations équivalaient à ce qui est aujourd’hui le corps diplomatique). L’histoire des Ryukyu raconte l’arrivée de Vingt-trois délégations, chacune composée de son président, vice-président et gardes, au total plus de cinq cents Chinois sont arrivés au Ryukyu.

Ces gardes devaient faire face aux pirates en mer car ils étaient nombreux dans ces eaux. Cela suggère qu’ils étaient de véritables experts en techniques de combat. On dit que les noms de certains katas shuri-te, tels que Wanshu ou Kosokun, proviennent des noms de certains gardes qui ont enseigné ces katas dans les Ryukyu.

La politique d’interdiction du port d’armes

Le karaté a connu son développement aux Ryukyu, en raison de la politique d’interdiction du port d’armes qui a été décrétée à deux reprises sur l’archipel. Ryukyu fut unifié par Sho Hashi (1372-1439) qui sut dominer les clans des « Trois Montagnes ». Sho Shin (1465-1526), ​​troisième roi du royaume unifié, mena une politique de centralisation des pouvoirs avec la mise en place d’un système de législation et d’éducation. Pour y parvenir, il a imposé aux Anji, chefs de tribus, l’interdiction de porter des armes et de les obliger à s’installer à Shuri dans la capitale. La seconde interdiction intervient plusieurs décennies plus tard : après l’invasion des Ryukyu par les troupes du clan Satsuma (1609), le souverain Shimazupro interdit à tous les habitants de l’archipel de porter des armes ainsi que d’en importer.

En raison de ces deux mesures d’interdiction, Okinawa thi (Okinawa Te) n’a eu d’autre choix que de se développer comme un style de combat à mains nues. Prenant le Kempo chinois comme exemple, les Ryukyu ont su créer leurs propres «Ryukyu Kempo» qui façonneront finalement l’origine du karaté que nous connaissons aujourd’hui.


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